Le 24 novembre 2025 – Le RNCREQ a déposé un mémoire à la Commission des transports et de l’environnement. Ayant pour titre « Agir pour le climat, c’est faire gagner le Québec », le document présente l’action climatique comme un levier de prospérité plutôt qu’une contrainte économique. Le RNCREQ cite des exemples qui prouvent que la transition crée emplois, résilience et bien-être. Le Regroupement recommande donc une cible 2030 entre -37,5 % et -45 % d’émissions de gaz à effet de serre (GES), une carboneutralité dès 2045, et une gouvernance moderne avec budgets carbone et plans sectoriels.
Contexte
Conformément à la Loi sur la qualité de l’environnement, la cible actuelle de réduction de 37,5 % sous le niveau de 1990 doit être révisée d’ici le 31 décembre 2025. Le gouvernement du Québec s’engage à mener cette révision de manière rigoureuse, transparente et responsable.
Le Québec se trouve à un moment charnière de son histoire climatique et économique. Les dernières années ont été marquées par une accélération sans précédent des impacts du réchauffement, mais aussi par l’émergence d’un ensemble de solutions, d’innovations et de collaborations régionales qui démontrent qu’un avenir plus résilient et plus juste est non seulement possible, mais à portée de main. Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) souhaite, par le présent mémoire, affirmer une posture claire : celle d’un Québec ambitieux, cohérent et gagnant, qui choisit de se doter d’une trajectoire climatique à la hauteur de son potentiel collectif.
Au moment où le discours gouvernemental tend à prôner un « réalisme » qui, trop souvent, démobilise plus qu’il ne rassemble, le RNCREQ propose une autre voie. Une voie proactive, structurante, appuyée sur la science et inspirée des meilleures pratiques internationales. Une voie où l’ambition climatique n’est pas perçue comme une contrainte, mais comme un levier de prospérité, de sécurité collective et d’équité. Une voie où les régions du Québec — territoires d’innovation, de résilience et de créativité — sont reconnues comme des vecteurs essentiels de la transition.
L’approche proposée dans ce mémoire est donc résolument tournée vers l’action, la cohérence et la mobilisation. Elle reflète l’esprit d’entrepreneur public que le RNCREQ souhaite insuffler à l’État québécois : une approche qui s’appuie sur une concertation forte, sur des mécanismes de gouvernance éprouvés et sur une trajectoire claire permettant à chacun — citoyens, municipalités, entreprises, institutions et organismes — de contribuer pleinement à la réussite collective.
Le RNCREQ s’appuie, pour élaborer ses recommandations, sur les analyses rigoureuses du Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC), sur les meilleures données scientifiques disponibles et sur l’expertise territoriale des conseils régionaux de l’environnement (CRE). Cette combinaison — science, gouvernance et ancrage régional — constitue le socle des propositions présentées dans ce mémoire, qui se veulent à la fois :
- Ambitieuses, parce que l’ampleur de la crise climatique l’exige, mais aussi parce que l’opportunité stratégique pour le Québec de bâtir un projet de société cohérent et mobilisateur n’a jamais été aussi grande ;
- Cohérentes, parce qu’elles reprennent des mécanismes de gouvernance solides, largement inspirés du CCCC et de ce qui se fait de mieux à l’international ;
- Rassembleuses, parce qu’elles mettent de l’avant des retombées concrètes pour l’ensemble des Québécoises et Québécois, dans toutes les régions, et s’inscrivent dans une vision intégrée considérant simultanément les dimensions environnementales, économiques et sociales.
Ce mémoire présente d’abord le contexte climatique, économique et social dans lequel s’inscrit la révision de la cible du Québec, puis propose cinq orientations structurantes, chacune déclinées en recommandations spécifiques :
- Faire de la décarbonation un projet de société gagnant et mobilisateur pour le Québec ;
- Remettre le Québec dans la course internationale en rehaussant sa cible 2030 ;
- Se doter d’une vision à long terme en incluant des jalons en 2035 et 2040, ainsi qu’une cible de carboneutralité dès 2045 ;
- Moderniser la gouvernance climatique par des budgets carbone québécois et des feuilles de route sectorielles ;
- Encadrer le recours à la séquestration du carbone comme levier complémentaire et déployé de manière graduelle et prudente.
En filigrane, ce mémoire met également en lumière les initiatives régionales exemplaires des conseils régionaux en environnement (CRE) qui démontrent que la transition climatique n’est pas un abstrait, mais une réalité concrète qui se déploie partout au Québec. Ces expériences, fruits de collaborations locales solides, montrent une chose : quand le Québec se donne les moyens d’agir, il réussit.
Le RNCREQ invite donc l’État québécois à adopter le même esprit gagnant que celui qui anime les régions. Car l’ambition climatique n’est pas un luxe ni un exercice symbolique : c’est une condition essentielle pour assurer la sécurité, la prospérité et l’autonomie du Québec dans les décennies à venir.
Récapitulatif des recommandations sur la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES)
Orientation 1. Faire de la décarbonation un projet de société gagnant et mobilisateur pour le Québec
- Rehausser l’ambition climatique du Québec en s’appuyant systématiquement sur les meilleures données scientifiques disponibles.
- Intégrer une analyse rigoureuse des bénéfices socio-économiques de l’action climatique dans tout exercice de planification.
- Structurer les communications publiques autour d’un récit mobilisateur et cohérent pour soutenir l’engagement citoyen et régional.
Orientation 2. Remettre le Québec dans la course internationale en rehaussant sa cible 2030
- Rehausser la cible 2030 pour la rapprocher de celles des juridictions chefs de file.
- Adopter une cible fondée sur des réductions réelles d’émissions et non sur des compensations.
- Publier une mise à jour transparente et complète des projections d’émissions pour 2030 et au-delà.
- Maintenir l’obligation d’allouer 100% des sommes du marché du carbone via le Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC) à la réduction de notre dette climatique (projet de loi 7).
Orientation 3. Se doter d’une vision à long terme en incluant des jalons en 2035 et 2040, ainsi qu’une cible de carboneutralité dès 2045
- Devancer la cible de carboneutralité à 2045, en cohérence avec les meilleures juridictions, l’inscrire dans notre corpus législatif et l’adopter par décret.
- Adopter officiellement une trajectoire de décarbonation fondée sur des jalons intermédiaires obligatoires (2035 et 2040).
- Intégrer la séquestration carbone dans nos cibles de réduction de GES.
Orientation 4. Moderniser la gouvernance climatique par des budgets carbone québécois et des feuilles de route sectorielles
- Adopter le premier budget carbone québécois quinquennal dès le prochain plan de mise en œuvre, suivi de budgets carbone quinquennaux jusqu’à l’atteinte de la décarbonation.
- Développer et mettre en œuvre, en concertation avec les acteurs, des feuilles de route sectorielles appuyées sur une planification intégrée climat-énergie-air à l’échelle régionale, et assorties d’une reddition de comptes annuelle.
- Introduire une évaluation climatique obligatoire pour tout investissement public majeur.
Orientation 5. Encadrer le recours à la séquestration du carbone comme levier complémentaire et déployé de manière graduelle et prudente
- Adopter une stratégie de séquestration du carbone explicitant clairement les limites et mises en garde, potentiels et conditions de déploiement graduel et prudente.
- Prioriser les solutions naturelles et limiter les crédits compensatoires à des pratiques rigoureusement vérifiées.
- Établir une cible de carboneutralité et des jalons intermédiaires pour le secteur Affectation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie (ATCATF) afin d’en faire un contributeur net à la réduction des émissions.
Conclusion
Le Québec se trouve à la croisée des chemins. Les impacts climatiques s’intensifient, les coûts de l’inaction augmentent rapidement et les pressions internationales s’accentuent. Pourtant, jamais les solutions n’ont été aussi nombreuses, accessibles et porteuses d’opportunités pour nos régions. Le présent mémoire propose une voie ambitieuse, cohérente et rassembleuse pour que le Québec devienne un chef de file climatique, et surtout, pour qu’il protège sa population, sa prospérité et son autonomie.
Les recommandations du RNCREQ sont structurantes et constructives. Elles reposent sur les meilleures analyses scientifiques, sur les travaux solides du Comité consultatif sur les changements climatiques et sur l’expertise unique des régions du Québec. Elles permettent au Québec de renouer avec une ambition climatique à l’image de ce qu’il est capable d’accomplir lorsqu’il se donne les moyens d’agir.
Rehausser la cible 2030, définir des jalons crédibles jusqu’à la carboneutralité en 2045, moderniser la gouvernance climatique, intégrer pleinement la séquestration du carbone et soutenir les acteurs des régions : ces choix ne représentent pas des contraintes, mais bien des leviers pour bâtir un Québec plus résilient, plus juste et plus prospère. Ils constituent une assurance collective face aux risques croissants, tout en nous positionnant parmi les juridictions les plus dynamiques au monde en matière de transition énergétique et climatique.
Ce mémoire porte aussi un message clair : les régions sont prêtes. Elles innovent, elles élaborent des solutions concrètes, elles mobilisent leurs communautés et elles démontrent chaque jour que la transition est non seulement possible, mais qu’elle crée de la valeur sociale, économique et environnementale. Le Gouvernement du Québec peut compter sur cette force territoriale exceptionnelle pour réussir la transition, à condition de lui donner les moyens de participer pleinement à l’effort collectif.
Le Québec a déjà prouvé, à travers son histoire, qu’il savait faire preuve de vision, d’audace et de leadership quand les circonstances l’exigeaient. Aujourd’hui, les circonstances l’exigent à nouveau. L’ambition climatique n’est pas un pari incertain : c’est une décision stratégique qui protège notre avenir, renforce notre économie et unit les Québécois autour d’un projet de société rassembleur.
Le RNCREQ invite le gouvernement à saisir cette occasion. À regarder au-delà des contraintes immédiates pour adopter une trajectoire et investir les moyens à la hauteur des défis — et surtout des possibilités. À faire du Québec un gagnant de la transition, capable d’influencer, d’innover et de s’épanouir dans un monde qui se décarbone rapidement.
Dans le contexte actuel, réduire nos ambitions climatiques serait un recul stratégique. Le Québec doit au contraire confirmer des cibles élevées ambitieuses, et même les rehausser pour tirer parti de la transition. Il pourra ainsi assurer un avenir plus sûr, plus prospère et plus libre à sa population. Le RNCREQ compte collaborer pour y contribuer.
En savoir plus
Gouvernement du Québec (2025). Consultation sur la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec
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Mots clés : Ambition Climatique, Carboneutralité 2045, Transition énergétique, Décarbonation, Gouvernance Climatique, Budget carbone, Action climatique, Émissions de GES, Gaz à effet de serre